À l'heure du fast food funéraire
De plus en plus de personnes sont incinérées 24 heures après leur mort. Une tendance inquiétante qui amène l'ordre des thanatologues à demander au gouvernement d'encadrer l'exercice du deuil au Québec.
«Dans une société où tout s’exécute rapidement, les gens abandonnent le rituel funéraire. Ils en subissent par la suite des conséquences psychologiques importantes», dit Richard Hébert, président de la Corporation des thanatologues du Québec. Selon M. Hébert, également directeur funéraire au Lac- Saint-Jean, «il faut se réapproprier le rituel funéraire. Prendre le temps de faire le deuil, les conséquences psychologiques peuvent même conduire au suicide», souligne- t-il, s’appuyant sur son expérience et sur les témoignages des spécialistes invités à ce colloque. 24 heures Obéissant à la demande des familles, la disposition directe fait en sorte que les directeurs de salon peuvent en 24 heures procéder à la crémation d’un corps. Il y a en moyenne 56 000 décès au Québec et 25% des dépouilles sont incinérées, et dans une grande mesure, en un peu plus de 24 heures. «Au Nouveau-Brunswick, une législation oblige les salons funéraires à conserver le corps intact 48 heures avant d’en disposer, permettant à la famille de réfléchir sur le rite funéraire à adopter», dit M. Hébert. 5 jours de congé payés La raison de ces crémations rapides est que l’exercice du deuil est maintenant perçu comme un fardeau pour la famille. «Vous seriez étonné de voir le nombre de funérailles le samedi. Les gens n’ont pas le temps en semaine ou encore, ils ne peuvent s’absenter de leur travail plus de deux jours», ajoute M. Hébert. Pour contrer cette tendance du «fast food funéraire», la Corporation demande au gouvernement de reconnaître dans les normes du travail un congé payé de 5 jours ouvrables. M. Hébert se défend bien de défendre les intérêts d’affaires de ses membres dans cette démarche. «Nous venons de créer un observatoire du domaine funéraire. Nous voulons pousser la recherche et agir dans l’intérêt de la population», dit-il.
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